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Je partage

Des textes, des réflexions, des expériences

Des mots pour mettre en lumière ce qui nous traverse, ce qui nous relie, ce qui nous transforme. Ici, je partage des écrits issus de ma pratique, de mes rencontres et de mes recherches intérieures.

Article à la une

Rencontre

Il a plu. La porte est ouverte. La menthe, éloignée du romarin, reprend vie. En bas, les moineaux piaillent à la terrasse du café. Un enfant traverse la place en trottinette. Il fait doux. C’est un samedi après-midi. Un samedi de juillet. Je trie des notes. Sur un fragment de papier, Krishnamurti. « En chacun d’entre nous repose le monde entier et si vous savez comment regarder et apprendre, alors la porte est devant vous et vous en possédez la clé. Personne sur terre ne peut vous donner ni la clé ni la porte à ouvrir, excepté vous-mêmes. » (You are the world) Une clé ? Une porte à ouvrir ? Pour aller où ? Pour découvrir quoi ? Quel étrange destin que celui des humains. Souvent toute une vie à la recherche de chemins qui mènent à la Source que l’on n’a jamais quittée. Ah ! Le regard des nouveau-nés ! Le regard de « ceux qui savent encore » a dit je ne sais plus qui. L’emprunte, le souvenir encore présent qui s’estompera peu à peu. A l’instant de la conception, il y a cette émergence d’un nouvel être, une précipitation dans le temps, l’espace, la matière. Pseudo-coupure brutale avec la Source. Changement de milieu. Passage d’un possible, d’un potentiel, à une manifestation précise. La coupure entre les deux mondes existe-t-elle ? Quelle est la nature de la clé qui va permettre d’ouvrir la porte ? Est-il possible de retrouver, de percevoir le lien, la non-séparation ? Serait-ce, sur le plan de la conscience individuelle, le but ultime d’une vie humaine ? Lorsque nous parlons de métamorphose, de transformation, de quoi parlons-nous ? Nous disons : « Lorsqu’il y a métamorphose, le regard porté sur le monde se transforme. » La chenille ne peut échapper au mouvement qui la conduit vers le papillon. Ce même dynamisme nous pousserait-il, de transformation en transformation, de porte en porte, vers un retour conscient à la Source ? « Personne sur terre ne peut vous donner ni la clé ni la porte à ouvrir excepté vous-mêmes. » Mais serait-il possible d’apprendre à apprendre ? D’apprendre à regarder ? D’apprendre à être ? La métamorphose, la transformation implique la notion d’environnement. Autour de nous, pour une chenille, cet environnement sera le cocon, pour une graine, la terre. Pour l’être humain que nous sommes, une forme d’environnement particulièrement adéquat sera présente lors d’une séance où aucune direction donnée ne vient perturber le dynamisme de la Force de vie. Gaston Saint-Pierre encourageait à tout questionner, à ne rien laisser au repos. Bel exercice qui me pousse avec humour à me demander, après 35 ans de pratique : « Mais qu’est-ce qu’une séance de Métamorphose ? » Posés sur la balustrade du balcon, deux moineaux sont témoins du vide confus qui envahit mon cerveau. Trop d’éléments se précipitent en même temps, s’entremêlent, se tissent. Cerveau droit et cerveau gauche vont devoir collaborer ! Combiner la linéarité du mot à mot avec la globalité de l’information. Qu’est-ce qu’une séance de Métamorphose ?  Une rencontre. Une rencontre sur différents plans. Rencontre de deux personnes. (de soi et de soi si on se donne une séance) Rencontre de deux champs énergétiques. Rencontre dans un espace catalyseur (aucune direction donnée, aucun programme, aucune attente). Grâce à cette qualité d’espace, à cet environnement, rencontre entre le manifesté et le non-manifesté, entre les notions de « dans le temps, l’espace, la matière » et « hors temps, espace, matière ». Rencontre entre « qui est la personne en ce moment » et « ce qu’elle est en potentiel ». Rencontre entre l’essence et comment cette essence se manifeste aujourd’hui. Une petite voix me dit en se moquant gentiment : « Tu vas où l’amie comme ça ? Tu pourrais être plus concrète ? » Je vais boire un verre d’eau. Une mouche se balade sur la vitre. Les nuages sont magnifiques. Ce matin, il y a eu le marché, les fruits, le pain, les gens. La guerre, la peur, la faim aux infos, mais aussi les joies, les regards, un geste de la main. Ces manifestations de la Vie qui s’incarne de toutes les façons possibles. « En chacun de nous repose le monde entier. » Et chacun.e d’entre nous incarne la Vie d’une façon unique. J’incarne la Vie d’une façon unique. Ai-je une responsabilité ? Je peux vivre cette vie sans me poser de questions, comme la chenille, comme la graine. Un processus de transformation sera à l’œuvre sur un certain plan, de la conception à la mort. Je peux manger, boire, dormir, me reproduire, défendre mon territoire, les valeurs de mon clan etc… Je, je, je … Mais quelle est la nature de ce « Je » ? De quoi est-il l’expression ? L’être humain a cette particularité d’être conscient qu’il est conscient. C’est-à-dire que son esprit est capable de réflexivité. Il peut dire : je suis triste, je suis heureux, j’ai mal à la tête… Il est capable d’abstraction, de créer et d’utiliser des symboles. Notre fonction mentale est complexe, les neurosciences soulèvent lentement le voile. Tenons-nous en à une description très simple, à deux aspects de notre fonction mentale, ce que je nomme l’aspect contrôleur et l’aspect passeur-traducteur. Le contrôleur est complètement immergé dans le manifesté, dans la matière. Il va s’occuper du quotidien matériel, émotionnel. Il travaille dans la linéarité : il analyse, cherche les causes. Il va trier, classer les informations, gérer, en somme. Il n’aime pas ce qui dérange ses habitudes. Il se méfie de l’inconnu. Or, une métamorphose, c’est une plongée dans l’inconnu ! Le passeur-traducteur est un pont en lien avec le non-manifesté, le monde des potentiels. Il baigne dans la globalité : il reçoit les flashs, les intuitions, il perçoit les synchronicités. Il est ouvert à l’inconnu. Nous n’échappons ni à l’un, ni à l’autre. Et nous avons besoin des deux. Ils sont liés, tissés comme les deux brins d’ADN. Le passeur reçoit l’information, le contrôleur l’intègre dans la matière du mieux qu’il peut, avec plus ou moins de réticence. En général, lorsque l’on parle du mental, on se réfère au contrôleur qui prend trop de place et qui freine. Alors ce « je », où se situe-t-il ? De quoi est-il l’expression ? Serait-il la manifestation de ce jeu mental ? Surgissait la question : ai-je une responsabilité ? Dès qu’il y a perception, conscience de la danse entre qui je suis et ce que je suis en potentiel, OUI, il y a responsabilité. Je ne peux plus ignorer ce dynamisme qui conduit la forme que je suis vers son expression la plus complète. Ma responsabilité est d’aller avec en conscience. Freiner le moins possible. L’image du tissu, du tissage m’habite. Cette métaphore me permet une vision de la Source qui danse, joue, s’exprime, se manifeste aussi bien dans le monde de tous les potentiels que dans le monde du manifesté. La Source s’amuse, elle est arbre, humain, joie, peur, granit, galaxie etc… Le monde des potentiels, du non-manifesté est la matrice universelle qui contient tous les possibles. Le monde de notre essence, de notre note « Mère ». Cette note chantant à chaque instant d’une façon précise, reflétant notre niveau de conscience du moment. Lorsqu’il y a métamorphose, une nouvelle harmonique se manifesterait-elle ? Ma responsabilité, en tant qu’être conscient d’être conscient serait-elle en relation avec une décision d’être vraiment présente, d’être enracinée complètement dans cette vie ? Ne pas freiner le dynamisme qui me conduit vers… Être comme une algue au fond de la mer, enracinée tout en étant bercée par la vague. « Apprendre à apprendre, apprendre à regarder » Une nouvelle fois, je suis émerveillée par le cadeau que nous a fait Gaston Saint-Pierre : sa définition du détachement dans la pratique. Noter les faits, reconnaître leur présence, les laisser être. * (Souvenons-nous, dans ce contexte, un fait est toute perception intérieure ou extérieure, donc un fait sera subjectif et légitime) Tout ce que je vis serait-il au service du processus d’incarnation ? Non, je ne peux plus ignorer ce dynamisme qui conduit la forme que je suis vers son expression la plus complète. « Plus tu plongeras loin dans le temps, l’espace, la matière, plus l’élan sera fort vers la Source » me souffle la petite voix taquine. Cette fois, ce n’est pas moi qui ne suis pas très concrète… La Vie me propose sans cesse des situations (vécues comme agréables et/ou difficiles) que je percevrais selon mon niveau de conscience, ces perceptions, donc mes faits, seront notées, reconnues, laissées être. « Laisser être » mystérieux sésame. Détachement, matrice d’amour. Le cœur s’emballe. Mariage entre ce que je suis dans l’instant et ce que je suis en potentiel. Processus alchimique. Le cordon ombilical avec la Source est non seulement perçu mais aussi accepté. Le contrôleur devient curieux, abandonne peu à peu ses craintes face au nouveau. C’est comme s’il devenait de plus en plus léger, de plus en plus aérien, permettant une forme de présence dense, si dense. Ok dit la petite voix, mais qu’en est-il de la personne qui demande une séance et qui ne s’est pas posé toutes ces questions ? Elle demande. Inconsciemment, elle recherche une qualité d’environnement, une part d’elle ne veut plus mettre de frein. Le dynamisme l’habite et la pousse. Il nous habite et nous pousse avec persévérance, sans relâche.   Il est 18 heures. Les olives, le fromage, le vin, tout est prêt. Les amis arrivent bientôt. Il y a gratitude.   *Définition du détachement : p 32-34 dans « métamorphose, principes universels » Janick Noverraz, Editions Aluna   Juillet 2025

Derniers articles

8 décembre 2022

La maison de son être

Lorsque le praticien donne une séance, lorsqu’il a un pied entre les mains, il est conscient d’être en contact avec les trois aspects de la personne: énergétique, mental, émotionnel, au niveau du manifesté c’est-à-dire au niveau des notions de temps, d’espace, de matière (forme), au niveau de la dualité. Grâce au Principe de la Correspondance, il sait que ces trois aspects sont le reflet d’un autre domaine, celui de l’unité, du non-manifesté, de tous les potentiels, hors des notions de temps, d’espace, de forme. Unité et dualité, manifesté et non-manifesté, expression de l’ultime, au-delà des notions de temps, d’espace, de matière. Le praticien se tient dans « la maison de son être », il ne s’identifie pas, ne manipule pas. Il est conscient qu’il ne donne rien, à l’image de la terre qui ne donne rien à la plante. La terre est présente, ce n’est pas elle qui donne, ce sont les racines qui prennent ce dont elles ont beesoin. De même, au contact du praticien, la force de vie de la personne qui demande la séance peut s’imprégner de ce qu’elle estime nécessaire. Se tenir dans la maison de son être n’est pas immobilité, passivité. C’est la façon simple, naturelle de laisser s’enrichir la terre que nous sommes par la pratique du détachement: noter les faits, reconnaître leur présence, les laisser être, conscients que leur propre énergie permet leur transformation selon une direction déjà inscrite à l’intérieur de ces faits. Le moindre frémissement émotionnel, la moindre perception est alors source d’énergie. « Se tenir dans la maison de son être » ne concerne-t-il que la situation « praticien »? Gaston Saint-Pierre disait souvent en début d’atelier: « Si vous êtes ici pour aider les autres, vous pouvez partir immédiatement, si vous êtes ici pour vous, vous êtes à la bonne place. » Donner une séance est un moment privilégié, une situation où nous sommes conscients de l’importance du détachement. Peu à peu, cette attitude précieuse, nous éprouvons le besoin de l’accueillir dans la vie quotidienne, dans le domaine des relations comme dans le domaine des perceptions. Se tenir dans la maison de son être, « demeurer en soi-même », dit Maître Eckhart (XIII ième siècle). Dans le petit livre « Du détachement et autres textes » chez Rivage poche, on lit: « Prends une comparaison: une porte s’ouvre et se ferme sur un gond. Je compare le panneau extérieur de la porte à l’homme extérieur, le gond en revanche, je le compare à l’homme intérieur. Or que la porte s’ouvre ou se ferme. le panneau se tourne ici et là, et cependant le gond reste immobile en un lieu et pour cette raison ne subit aucun changement, » Cette analogie nous sensibilise aux deux aspects de notre être: « l’homme extérieur » au niveau du quotidien, dirigé, contrôlé par le mental et « l’homme intérieur », notre partie inoxydable comme j’aime à dire, lien avec l’être total que nous sommes en potentiel. Dans la notion de détachement tel que nous le définissons ici: noter les faits, reconnaître leur présence, les laisser être. « laisser » et « être » permettent de comprendre l’importance de la collaboration entre les deux aspects de notre être. « Laisser » est le niveau du mental, le mental est d’accord de ne pas contrôler et « Etre » fait le lien avec ce potentiel qui n’est pas accessible au mental. Comment sentir si nous sommes dans la maison de notre être? Lorsque nous ne sommes pas dans la maison de notre être: – sur le plan mental et/ou émotionnel, nous sommes incapables de noter, reconnaître, laisser être, nous sommes happés par le fait, identifiés au fait. Nos actions sont des réactions, nous restons sur le plan horizontal de la dualité. – sur le plan physique, nous pouvons ressentir une impression de malaise, de déséquilibre, comme un rouage faussé. Lorsque nous y sommes: – sur le plan mental et/ou émotionnel, nous notons, reconnaissons les faits, les laissons être naturellement (un effet secondaire intéressant: nous devenons conscients qu’une seule personne a le pouvoir de nous blesser: nous-mêmes.) – sur le plan physique, il y a souvent une sensation d’être bien enraciné, une sensation de densité, de verticalité, une joie profonde. Rentrer à la maison, c’est être d’accord de faire corps avec sa véritable autonomie. Se tenir dans la maison de son être, c’est reconnaître que la Vie s’exprime à travers soi. C’est sentir que s’exprime une identité mystérieuse à travers l’impermanence d’états successifs. Danse des métamorphoses qui permet à ce que je suis de se révéler à partir de qui je suis. Gaston Saint-Pierre disait: « Ici, on est à la fin de la quête, à la fin de notre recherche, à la fin de notre poursuite, de là l’importance de rentrer dans la maison de son être. » Et « La maison de ton être, toi seul peut y habiter. » Et nous seuls pouvons la visiter. Personne ne peut le faire à notre place. Cela implique persévérance, attention vive aux faits non seulement quand nous donnons une séance mais dans notre vie quotidienne. D’où, encore une fois, l’importance de la pratique du détachement, matrice d’amour au sein de laquelle tout fait a la possibilité de se transformer. Découvrir, visiter sa maison, n’est ce pas enrichir la terre que nous sommes?

8 décembre 2022

Qu’est-ce qu’un fait ?

Qu’est-ce qu’un fait ? Il y a de nombreuses années, j’ai assisté à un concert du groupe japonais Kodo. Ce concert m’a profondément bouleversée. Je voyais, j’entendais des gens qui, me semblait-il, allaient jusqu’au bout d’eux-mêmes. Lorsque j’ai su comment ils avaient choisi de vivre, j’ai compris que c’était vrai : ils allaient jusqu’au bout d’eux-mêmes. Comme transparents dans cet enracinement total que demandait la pratique de leurs instruments, ils permettaient à l’ultime d’être perçu. Tout cela résonnait très fort avec cette impulsion, cette direction que je percevais en moi. Aller au bout de moi-même. Je ne vivais pas en ascète sur une île japonaise. Comment cela pouvait-il être possible dans une vie quotidienne banale (je veux dire, sans gravir l’Everest, sans jouer à la perfection d’un instrument de musique etc ….), une vie où on travaille, on s’occupe des enfants, on va faire les courses …? En rencontrant la Technique de la Métamorphose, j’ai su que c’était possible. D’une façon très simple : rester avec les faits. La transformation concerne nos propres faits. Exemple : deux voitures entrent en collision, c’est une situation, un fait qui ne peut se transformer, par contre, ma réaction émotionnelle est mon fait et ma source d’énergie. Rester avec ce que je suis en ce moment même, en notant le fait, en le constatant, en le laissant être. Une façon très simple et naturelle de suivre cette impulsion. Cela ne dépendait donc que de moi, le seul obstacle possible ne pouvait venir que de moi. Quand j’ai entendu, au début d’un atelier, Gaston Saint-Pierre dire: « Si vous n’êtes pas là pour vous, vous pouvez partir ! », j’ai su que j’étais au bon endroit. Mais qu’est-ce qu’un fait ? Dans le contexte de la Technique de la Métamorphose, c’est quelque chose de très précis, une manifestation d’énergie (un mal de tête, une joie, une colère), une vibration particulière, une convergence de forces, une source d’énergie à notre disposition. Tout fait est subjectif dans la mesure où il dépend de la perception : une chaise sera perçue différemment par la fourmi qui se promène dans la cour, l’oiseau qui traverse le jardin ou l’enfant qui vient s’asseoir pour goûter. Noter le fait, le constater, le laisser être : détachement en pratique. Dans le détachement, il y a une volonté constamment renouvelée de laisser le fait être. Nous sommes totalement impliqués avec l’attention, jeu de la conscience et de la perception qui guide vers l’action. C’est un détachement qui est engagement mais non identification. Que sont les faits ? Tout fait est une source de pouvoir. Que ce soit le fait de la sclérose en plaques, que ce soit le fait d’un sentiment d’envie, que ce soit le fait d’un sentiment de bonheur. C’est une source d’énergie à notre disposition. Le mental, immédiatement, fait des catégories. Dit : Ah ! Ça c’est bien, ça ce n’est pas bien. Alors, c’est comme ça que le mental annexe l’énergie de ces choses. Ici, on reste avec les faits, sans jugement. Gaston Saint-Pierre, Sion, 2010  J’ai donc compris qu’en restant avec mes faits, en laissant être, la nourriture était inépuisable. Et je percevais également qu’en étant attentive à mes faits, au niveau du  « être », j’avais la possibilité non seulement d’aller au bout de moi-même mais de découvrir ce que je suis derrière qui je suis aujourd’hui. C’était et c’est passionnant. Tout est nourriture ! La nausée, le bonheur d’entendre le merle, l’agacement provoqué par mot, un article, la tristesse, la joie, la faim, le verre de vin, l’horreur devant la guerre… Le fait est conscience et perception et reflète mon niveau de conscience. Et c’est là que je mesure toute la richesse de cette approche. Exemple : « je » lis ou « j »’entends quelque chose. Il y a perception et interprétation selon mon niveau de conscience. Supposons que ce qui est lu ou entendu provoque de l’agacement, de la colère ou du bien-être. La dynamique entre en jeu. Il y a attention à ce qui se passe, noter, constater, laisser être… Avec le temps, ces différentes phases se font sans mots, mais il y en a la perception physique dans une sensation d’ouverture, de non impatience du mental qui attend tranquillement ce qui va émerger. C’est cela que je sens être « aller au bout de moi-même ». C’est une sensation très physique. Comme une perception du contact, du point de rencontre dualité (dans le temps, l’espace, la matière)-unité(hors du temps, de l’espace, de la matière). Alors, en écrivant cela, il me semble qu’aller au bout de soi-même, c’est tout simplement rester complètement dans la maison de son être, l’habiter, la découvrir au fur et à mesure des transformations. Ici (dans les ateliers), on se rend compte de l’importance d’entrer dans la maison de son être et d’y habiter. Gaston Saint-Pierre. Sion 2010 Janick Noverraz, Switzerland laurore.meta@gmail.com

8 décembre 2022

Une expérience

Texte de Claudine Girardin, praticienne et enseignante à CH-Bassecourt.     J’ai suivi un premier atelier avec Gaston Saint-Pierre. Je n’ai pas compris beaucoup de choses mais j’ai bien entendu qu’il ne fallait pas dire  »je » mais  »il y a ». Et pendant une année, comme une bonne élève, j’ai mis en pratique en disant  » il y a ». Je sentais que c’était important et peut-être que, sans le savoir, je goûtais au fait de ne plus m’identifier à la déprime ou autre émotion. Je n’ai rien fait d’autre, je n’ai pas pratiqué. L’année suivante, Gaston Saint-Pierre était de retour et moi aussi. Et cela a duré une dizaine d’années, jusqu’à ce qu’il nous quitte. Et à chaque fois, j’entendais autre chose et je me demandais : « Pourquoi ne l’a-t-il pas mieux dit les autres fois ? » Maintenant, je sais qu’il l’avait dit mais que mon niveau de compréhension changeait et que j’allais plus loin. Naturellement, je me suis donc mise aussi à proposer des séances. Son départ n’a pas changé ma motivation. J’avais besoin d’entendre et de lire des textes qui parlaient de la Technique de la Métamorphose. J’ai donc imprimé tout ce qu’il avait écrit en français et j’ai continué de suivre des ateliers. Et le même phénomène se reproduit toujours. A chaque fois, il y a une partie de l’atelier qui me semble une totale nouveauté. Lire et relire les textes de Gaston Saint-Pierre ou d’autres personnes qui parle de Technique de la Métamorphose est pour moi un besoin. Je sens que cela a un effet bienfaisant, comme quand on arrose une plante qui a soif. Parfois les textes sont simples, parfois je n’en comprends qu’une partie, mais peu importe, quelque chose en moi est touché profondément. Pratiquer la Technique de la Métamorphose c’est recevoir des séances, c’est donner des séances, faire des échanges, c’est essayer de  »noter les faits, reconnaître leur présence et les laisser être  » le plus possible dans ma vie quotidienne, c’est en parler et surtout prendre un moment, si possible chaque jour, pour lire un article qui en parle…. Les textes de Gaston Saint-Pierre peuvent être extrêmement simples, parfois aussi très compliqués, et parfois très poétiques. Une nourriture tellement riche pour moi  » Noter les faits, reconnaître leur présence et les laisser être  ». Combien de fois ai-je entendu ou lu ou prononcé ces mots. Et pourtant, il me semble que je viens de les découvrir. En relisant ce qu’en dit Gaston Saint-Pierre dans plusieurs articles, (parce que, comme un bon enseignant, il redit la même chose de façon différente et de nombreuses fois) tout-à-coup…. aahhhh oui, c’est comme ça un fait…..j’ai ressenti cette propre énergie du fait et que, si j’essaie d’en faire quelque chose, ce sera comme pour le papillon que j’aiderais à sortir de son cocon, cette énergie serait perdue parce que le papillon n’y survivra pas. Si je publie ce texte, c’est parce que je constate que, après avoir participé à un atelier, on pense avoir compris. Mais ce n’était qu’une mise en bouche et si on ne se donne pas la possibilité de revenir encore et encore, la germination se fait plus difficilement. Un atelier (même si j’en suis au 15e ou plus) est à chaque fois au moins aussi riche que celui d’avant. Même si cela ne sert qu’à éclairer un mot ou une phrase, il y a quelque chose en moi qui jubile à chaque fois. »Ah oui…. c’est ça ! » Alors, essayons de laisser les faits «être» à chaque occasion de la journée. Et relisons Gaston Saint-Pierre, et partageons entre praticiens, et employons le schéma conceptuel. Claudine Girardin (juin 2014) claudine.girardin@bluemail.ch

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"Comment vivre sans inconnu devant soi."

René Char

Liens

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Rencontre

Il a plu. La porte est ouverte. La menthe, éloignée du romarin, reprend vie. En bas, les moineaux piaillent à la terrasse du café. Un enfant traverse la place en trottinette. Il fait doux. C’est un samedi après-midi. Un samedi de juillet.

Je trie des notes. Sur un fragment de papier, Krishnamurti. « En chacun d’entre nous repose le monde entier et si vous savez comment regarder et apprendre, alors la porte est devant vous et vous en possédez la clé. Personne sur terre ne peut vous donner ni la clé ni la porte à ouvrir, excepté vous-mêmes. » (You are the world)

Une clé ? Une porte à ouvrir ? Pour aller où ? Pour découvrir quoi ?

Quel étrange destin que celui des humains. Souvent toute une vie à la recherche de chemins qui mènent à la Source que l’on n’a jamais quittée. Ah ! Le regard des nouveau-nés ! Le regard de « ceux qui savent encore » a dit je ne sais plus qui. L’emprunte, le souvenir encore présent qui s’estompera peu à peu.

A l’instant de la conception, il y a cette émergence d’un nouvel être, une précipitation dans le temps, l’espace, la matière. Pseudo-coupure brutale avec la Source. Changement de milieu. Passage d’un possible, d’un potentiel, à une manifestation précise. La coupure entre les deux mondes existe-t-elle ?

Quelle est la nature de la clé qui va permettre d’ouvrir la porte ? Est-il possible de retrouver, de percevoir le lien, la non-séparation ? Serait-ce, sur le plan de la conscience individuelle, le but ultime d’une vie humaine ?

Lorsque nous parlons de métamorphose, de transformation, de quoi parlons-nous ? Nous disons : « Lorsqu’il y a métamorphose, le regard porté sur le monde se transforme. » La chenille ne peut échapper au mouvement qui la conduit vers le papillon. Ce même dynamisme nous pousserait-il, de transformation en transformation, de porte en porte, vers un retour conscient à la Source ?

« Personne sur terre ne peut vous donner ni la clé ni la porte à ouvrir excepté vous-mêmes. » Mais serait-il possible d’apprendre à apprendre ? D’apprendre à regarder ? D’apprendre à être ?

La métamorphose, la transformation implique la notion d’environnement. Autour de nous, pour une chenille, cet environnement sera le cocon, pour une graine, la terre. Pour l’être humain que nous sommes, une forme d’environnement particulièrement adéquat sera présente lors d’une séance où aucune direction donnée ne vient perturber le dynamisme de la Force de vie.

Gaston Saint-Pierre encourageait à tout questionner, à ne rien laisser au repos. Bel exercice qui me pousse avec humour à me demander, après 35 ans de pratique : « Mais qu’est-ce qu’une séance de Métamorphose ? » Posés sur la balustrade du balcon, deux moineaux sont témoins du vide confus qui envahit mon cerveau. Trop d’éléments se précipitent en même temps, s’entremêlent, se tissent. Cerveau droit et cerveau gauche vont devoir collaborer ! Combiner la linéarité du mot à mot avec la globalité de l’information.

Qu’est-ce qu’une séance de Métamorphose ? 
Une rencontre. Une rencontre sur différents plans. Rencontre de deux personnes. (de soi et de soi si on se donne une séance) Rencontre de deux champs énergétiques. Rencontre dans un espace catalyseur (aucune direction donnée, aucun programme, aucune attente). Grâce à cette qualité d’espace, à cet environnement, rencontre entre le manifesté et le non-manifesté, entre les notions de « dans le temps, l’espace, la matière » et « hors temps, espace, matière ». Rencontre entre « qui est la personne en ce moment » et « ce qu’elle est en potentiel ». Rencontre entre l’essence et comment cette essence se manifeste aujourd’hui.

Une petite voix me dit en se moquant gentiment : « Tu vas où l’amie comme ça ? Tu pourrais être plus concrète ? » Je vais boire un verre d’eau. Une mouche se balade sur la vitre. Les nuages sont magnifiques. Ce matin, il y a eu le marché, les fruits, le pain, les gens. La guerre, la peur, la faim aux infos, mais aussi les joies, les regards, un geste de la main. Ces manifestations de la Vie qui s’incarne de toutes les façons possibles.
« En chacun de nous repose le monde entier. » Et chacun.e d’entre nous incarne la Vie d’une façon unique.

J’incarne la Vie d’une façon unique. Ai-je une responsabilité ? Je peux vivre cette vie sans me poser de questions, comme la chenille, comme la graine. Un processus de transformation sera à l’œuvre sur un certain plan, de la conception à la mort. Je peux manger, boire, dormir, me reproduire, défendre mon territoire, les valeurs de mon clan etc… Je, je, je …
Mais quelle est la nature de ce « Je » ? De quoi est-il l’expression ?

L’être humain a cette particularité d’être conscient qu’il est conscient. C’est-à-dire que son esprit est capable de réflexivité. Il peut dire : je suis triste, je suis heureux, j’ai mal à la tête… Il est capable d’abstraction, de créer et d’utiliser des symboles. Notre fonction mentale est complexe, les neurosciences soulèvent lentement le voile. Tenons-nous en à une description très simple, à deux aspects de notre fonction mentale, ce que je nomme l’aspect contrôleur et l’aspect passeur-traducteur.

Le contrôleur est complètement immergé dans le manifesté, dans la matière. Il va s’occuper du quotidien matériel, émotionnel. Il travaille dans la linéarité : il analyse, cherche les causes. Il va trier, classer les informations, gérer, en somme. Il n’aime pas ce qui dérange ses habitudes. Il se méfie de l’inconnu. Or, une métamorphose, c’est une plongée dans l’inconnu !
Le passeur-traducteur est un pont en lien avec le non-manifesté, le monde des potentiels. Il baigne dans la globalité : il reçoit les flashs, les intuitions, il perçoit les synchronicités. Il est ouvert à l’inconnu.

Nous n’échappons ni à l’un, ni à l’autre. Et nous avons besoin des deux. Ils sont liés, tissés comme les deux brins d’ADN. Le passeur reçoit l’information, le contrôleur l’intègre dans la matière du mieux qu’il peut, avec plus ou moins de réticence. En général, lorsque l’on parle du mental, on se réfère au contrôleur qui prend trop de place et qui freine.

Alors ce « je », où se situe-t-il ? De quoi est-il l’expression ? Serait-il la manifestation de ce jeu mental ?

Surgissait la question : ai-je une responsabilité ? Dès qu’il y a perception, conscience de la danse entre qui je suis et ce que je suis en potentiel, OUI, il y a responsabilité.
Je ne peux plus ignorer ce dynamisme qui conduit la forme que je suis vers son expression la plus complète.
Ma responsabilité est d’aller avec en conscience. Freiner le moins possible. L’image du tissu, du tissage m’habite. Cette métaphore me permet une vision de la Source qui danse, joue, s’exprime, se manifeste aussi bien dans le monde de tous les potentiels que dans le monde du manifesté. La Source s’amuse, elle est arbre, humain, joie, peur, granit, galaxie etc…

Le monde des potentiels, du non-manifesté est la matrice universelle qui contient tous les possibles. Le monde de notre essence, de notre note « Mère ». Cette note chantant à chaque instant d’une façon précise, reflétant notre niveau de conscience du moment. Lorsqu’il y a métamorphose, une nouvelle harmonique se manifesterait-elle ?

Ma responsabilité, en tant qu’être conscient d’être conscient serait-elle en relation avec une décision d’être vraiment présente, d’être enracinée complètement dans cette vie ?
Ne pas freiner le dynamisme qui me conduit vers… Être comme une algue au fond de la mer, enracinée tout en étant bercée par la vague.

« Apprendre à apprendre, apprendre à regarder »
Une nouvelle fois, je suis émerveillée par le cadeau que nous a fait Gaston Saint-Pierre : sa définition du détachement dans la pratique. Noter les faits, reconnaître leur présence, les laisser être. * (Souvenons-nous, dans ce contexte, un fait est toute perception intérieure ou extérieure, donc un fait sera subjectif et légitime) Tout ce que je vis serait-il au service du processus d’incarnation ?

Non, je ne peux plus ignorer ce dynamisme qui conduit la forme que je suis vers son expression la plus complète. « Plus tu plongeras loin dans le temps, l’espace, la matière, plus l’élan sera fort vers la Source » me souffle la petite voix taquine. Cette fois, ce n’est pas moi qui ne suis pas très concrète… La Vie me propose sans cesse des situations (vécues comme agréables et/ou difficiles) que je percevrais selon mon niveau de conscience, ces perceptions, donc mes faits, seront notées, reconnues, laissées être.

« Laisser être » mystérieux sésame. Détachement, matrice d’amour. Le cœur s’emballe. Mariage entre ce que je suis dans l’instant et ce que je suis en potentiel. Processus alchimique. Le cordon ombilical avec la Source est non seulement perçu mais aussi accepté. Le contrôleur devient curieux, abandonne peu à peu ses craintes face au nouveau. C’est comme s’il devenait de plus en plus léger, de plus en plus aérien, permettant une forme de présence dense, si dense.

Ok dit la petite voix, mais qu’en est-il de la personne qui demande une séance et qui ne s’est pas posé toutes ces questions ?
Elle demande. Inconsciemment, elle recherche une qualité d’environnement, une part d’elle ne veut plus mettre de frein. Le dynamisme l’habite et la pousse.
Il nous habite et nous pousse avec persévérance, sans relâche.
 

Il est 18 heures. Les olives, le fromage, le vin, tout est prêt. Les amis arrivent bientôt. Il y a gratitude.

 

*Définition du détachement : p 32-34 dans « métamorphose, principes universels »
Janick Noverraz, Editions Aluna

 

Juillet 2025

Cet article a été écrit le : 23 octobre 2025

La maison de son être

Lorsque le praticien donne une séance, lorsqu’il a un pied entre les mains, il est conscient d’être en contact avec les trois aspects de la personne: énergétique, mental, émotionnel, au niveau du manifesté c’est-à-dire au niveau des notions de temps, d’espace, de matière (forme), au niveau de la dualité. Grâce au Principe de la Correspondance, il sait que ces trois aspects sont le reflet d’un autre domaine, celui de l’unité, du non-manifesté, de tous les potentiels, hors des notions de temps, d’espace, de forme. Unité et dualité, manifesté et non-manifesté, expression de l’ultime, au-delà des notions de temps, d’espace, de matière.

Le praticien se tient dans « la maison de son être », il ne s’identifie pas, ne manipule pas.
Il est conscient qu’il ne donne rien, à l’image de la terre qui ne donne rien à la plante.
La terre est présente, ce n’est pas elle qui donne, ce sont les racines qui prennent ce dont elles ont beesoin. De même, au contact du praticien, la force de vie de la personne qui demande la séance peut s’imprégner de ce qu’elle estime nécessaire.

Se tenir dans la maison de son être n’est pas immobilité, passivité. C’est la façon simple, naturelle de laisser s’enrichir la terre que nous sommes par la pratique du détachement: noter les faits, reconnaître leur présence, les laisser être, conscients que leur propre énergie permet leur transformation selon une direction déjà inscrite à l’intérieur de ces faits. Le moindre frémissement émotionnel, la moindre perception est alors source d’énergie.

« Se tenir dans la maison de son être » ne concerne-t-il que la situation « praticien »?

Gaston Saint-Pierre disait souvent en début d’atelier: « Si vous êtes ici pour aider les autres, vous pouvez partir immédiatement, si vous êtes ici pour vous, vous êtes à la bonne place. »

Donner une séance est un moment privilégié, une situation où nous sommes conscients de l’importance du détachement.
Peu à peu, cette attitude précieuse, nous éprouvons le besoin de l’accueillir dans la vie quotidienne, dans le domaine des relations comme dans le domaine des perceptions.

Se tenir dans la maison de son être, « demeurer en soi-même », dit Maître Eckhart (XIII ième siècle). Dans le petit livre « Du détachement et autres textes » chez Rivage poche, on lit: « Prends une comparaison: une porte s’ouvre et se ferme sur un gond. Je compare le panneau extérieur de la porte à l’homme extérieur, le gond en revanche, je le compare à l’homme intérieur. Or que la porte s’ouvre ou se ferme. le panneau se tourne ici et là, et cependant le gond reste immobile en un lieu et pour cette raison ne subit aucun changement, » Cette analogie nous sensibilise aux deux aspects de notre être: « l’homme extérieur » au niveau du quotidien, dirigé, contrôlé par le mental et « l’homme intérieur », notre partie inoxydable comme j’aime à dire, lien avec l’être total que nous sommes en potentiel.

Dans la notion de détachement tel que nous le définissons ici: noter les faits, reconnaître leur présence, les laisser être. « laisser » et « être » permettent de comprendre l’importance de la collaboration entre les deux aspects de notre être. « Laisser » est le niveau du mental, le mental est d’accord de ne pas contrôler et « Etre » fait le lien avec ce potentiel qui n’est pas accessible au mental.

Comment sentir si nous sommes dans la maison de notre être?

Lorsque nous ne sommes pas dans la maison de notre être:
– sur le plan mental et/ou émotionnel, nous sommes incapables de noter, reconnaître, laisser être, nous sommes happés par le fait, identifiés au fait. Nos actions sont des réactions, nous restons sur le plan horizontal de la dualité.
– sur le plan physique, nous pouvons ressentir une impression de malaise, de déséquilibre, comme un rouage faussé.

Lorsque nous y sommes:
– sur le plan mental et/ou émotionnel, nous notons, reconnaissons les faits, les laissons être naturellement (un effet secondaire intéressant: nous devenons conscients qu’une seule personne a le pouvoir de nous blesser: nous-mêmes.)
– sur le plan physique, il y a souvent une sensation d’être bien enraciné, une sensation de densité, de verticalité, une joie profonde.

Rentrer à la maison, c’est être d’accord de faire corps avec sa véritable autonomie.

Se tenir dans la maison de son être, c’est reconnaître que la Vie s’exprime à travers soi.
C’est sentir que s’exprime une identité mystérieuse à travers l’impermanence d’états successifs.
Danse des métamorphoses qui permet à ce que je suis de se révéler à partir de qui je suis.

Gaston Saint-Pierre disait:

« Ici, on est à la fin de la quête, à la fin de notre recherche, à la fin de notre poursuite, de là l’importance de rentrer dans la maison de son être. »

Et « La maison de ton être, toi seul peut y habiter. »

Et nous seuls pouvons la visiter. Personne ne peut le faire à notre place. Cela implique persévérance, attention vive aux faits non seulement quand nous donnons une séance mais dans notre vie quotidienne. D’où, encore une fois, l’importance de la pratique du détachement, matrice d’amour au sein de laquelle tout fait a la possibilité de se transformer.

Découvrir, visiter sa maison, n’est ce pas enrichir la terre que nous sommes?

Cet article a été écrit le : 08 décembre 2022

Qu’est-ce qu’un fait ?

Qu’est-ce qu’un fait ?

Il y a de nombreuses années, j’ai assisté à un concert du groupe japonais Kodo. Ce concert m’a profondément bouleversée. Je voyais, j’entendais des gens qui, me semblait-il, allaient jusqu’au bout d’eux-mêmes. Lorsque j’ai su comment ils avaient choisi de vivre, j’ai compris que c’était vrai : ils allaient jusqu’au bout d’eux-mêmes. Comme transparents dans cet enracinement total que demandait la pratique de leurs instruments, ils permettaient à l’ultime d’être perçu.

Tout cela résonnait très fort avec cette impulsion, cette direction que je percevais en moi. Aller au bout de moi-même.

Je ne vivais pas en ascète sur une île japonaise. Comment cela pouvait-il être possible dans une vie quotidienne banale (je veux dire, sans gravir l’Everest, sans jouer à la perfection d’un instrument de musique etc ….), une vie où on travaille, on s’occupe des enfants, on va faire les courses …?

En rencontrant la Technique de la Métamorphose, j’ai su que c’était possible.

D’une façon très simple : rester avec les faits. La transformation concerne nos propres faits. Exemple : deux voitures entrent en collision, c’est une situation, un fait qui ne peut se transformer, par contre, ma réaction émotionnelle est mon fait et ma source d’énergie. Rester avec ce que je suis en ce moment même, en notant le fait, en le constatant, en le laissant être. Une façon très simple et naturelle de suivre cette impulsion. Cela ne dépendait donc que de moi, le seul obstacle possible ne pouvait venir que de moi. Quand j’ai entendu, au début d’un atelier, Gaston Saint-Pierre dire: « Si vous n’êtes pas là pour vous, vous pouvez partir ! », j’ai su que j’étais au bon endroit.

Mais qu’est-ce qu’un fait ?

Dans le contexte de la Technique de la Métamorphose, c’est quelque chose de très précis, une manifestation d’énergie (un mal de tête, une joie, une colère), une vibration particulière, une convergence de forces, une source d’énergie à notre disposition.

Tout fait est subjectif dans la mesure où il dépend de la perception : une chaise sera perçue différemment par la fourmi qui se promène dans la cour, l’oiseau qui traverse le jardin ou l’enfant qui vient s’asseoir pour goûter.

Noter le fait, le constater, le laisser être : détachement en pratique. Dans le détachement, il y a une volonté constamment renouvelée de laisser le fait être. Nous sommes totalement impliqués avec l’attention, jeu de la conscience et de la perception qui guide vers l’action. C’est un détachement qui est engagement mais non identification.

Que sont les faits ?

Tout fait est une source de pouvoir. Que ce soit le fait de la sclérose en plaques, que ce soit le fait d’un sentiment d’envie, que ce soit le fait d’un sentiment de bonheur. C’est une source d’énergie à notre disposition. Le mental, immédiatement, fait des catégories. Dit : Ah ! Ça c’est bien, ça ce n’est pas bien. Alors, c’est comme ça que le mental annexe l’énergie de ces choses.

Ici, on reste avec les faits, sans jugement.

Gaston Saint-Pierre, Sion, 2010

 J’ai donc compris qu’en restant avec mes faits, en laissant être, la nourriture était inépuisable. Et je percevais également qu’en étant attentive à mes faits, au niveau du  « être », j’avais la possibilité non seulement d’aller au bout de moi-même mais de découvrir ce que je suis derrière qui je suis aujourd’hui. C’était et c’est passionnant.

Tout est nourriture ! La nausée, le bonheur d’entendre le merle, l’agacement provoqué par mot, un article, la tristesse, la joie, la faim, le verre de vin, l’horreur devant la guerre…

Le fait est conscience et perception et reflète mon niveau de conscience. Et c’est là que je mesure toute la richesse de cette approche. Exemple : « je » lis ou « j »’entends quelque chose. Il y a perception et interprétation selon mon niveau de conscience. Supposons que ce qui est lu ou entendu provoque de l’agacement, de la colère ou du bien-être. La dynamique entre en jeu. Il y a attention à ce qui se passe, noter, constater, laisser être… Avec le temps, ces différentes phases se font sans mots, mais il y en a la perception physique dans une sensation d’ouverture, de non impatience du mental qui attend tranquillement ce qui va émerger. C’est cela que je sens être « aller au bout de moi-même ». C’est une sensation très physique. Comme une perception du contact, du point de rencontre dualité (dans le temps, l’espace, la matière)-unité(hors du temps, de l’espace, de la matière). Alors, en écrivant cela, il me semble qu’aller au bout de soi-même, c’est tout simplement rester complètement dans la maison de son être, l’habiter, la découvrir au fur et à mesure des transformations.

Ici (dans les ateliers), on se rend compte de l’importance d’entrer dans la maison de son être et d’y habiter.

Gaston Saint-Pierre. Sion 2010

Janick Noverraz, Switzerland

laurore.meta@gmail.com

Cet article a été écrit le : 08 décembre 2022

Une expérience

Texte de Claudine Girardin, praticienne et enseignante à CH-Bassecourt.

 

 

J’ai suivi un premier atelier avec Gaston Saint-Pierre.

Je n’ai pas compris beaucoup de choses mais j’ai bien entendu qu’il ne fallait pas dire  »je » mais  »il y a ». Et pendant une année, comme une bonne élève, j’ai mis en pratique en disant  » il y a ». Je sentais que c’était important et peut-être que, sans le savoir, je goûtais au fait de ne plus m’identifier à la déprime ou autre émotion. Je n’ai rien fait d’autre, je n’ai pas pratiqué.

L’année suivante, Gaston Saint-Pierre était de retour et moi aussi. Et cela a duré une dizaine d’années, jusqu’à ce qu’il nous quitte. Et à chaque fois, j’entendais autre chose et je me demandais : « Pourquoi ne l’a-t-il pas mieux dit les autres fois ? » Maintenant, je sais qu’il l’avait dit mais que mon niveau de compréhension changeait et que j’allais plus loin. Naturellement, je me suis donc mise aussi à proposer des séances.

Son départ n’a pas changé ma motivation. J’avais besoin d’entendre et de lire des textes qui parlaient de la Technique de la Métamorphose. J’ai donc imprimé tout ce qu’il avait écrit en français et j’ai continué de suivre des ateliers. Et le même phénomène se reproduit toujours. A chaque fois, il y a une partie de l’atelier qui me semble une totale nouveauté.

Lire et relire les textes de Gaston Saint-Pierre ou d’autres personnes qui parle de Technique de la Métamorphose est pour moi un besoin. Je sens que cela a un effet bienfaisant, comme quand on arrose une plante qui a soif. Parfois les textes sont simples, parfois je n’en comprends qu’une partie, mais peu importe, quelque chose en moi est touché profondément.

Pratiquer la Technique de la Métamorphose c’est recevoir des séances, c’est donner des séances, faire des échanges, c’est essayer de  »noter les faits, reconnaître leur présence et les laisser être  » le plus possible dans ma vie quotidienne, c’est en parler et surtout prendre un moment, si possible chaque jour, pour lire un article qui en parle…. Les textes de Gaston Saint-Pierre peuvent être extrêmement simples, parfois aussi très compliqués, et parfois très poétiques. Une nourriture tellement riche pour moi

 » Noter les faits, reconnaître leur présence et les laisser être  ». Combien de fois ai-je entendu ou lu ou prononcé ces mots. Et pourtant, il me semble que je viens de les découvrir. En relisant ce qu’en dit Gaston Saint-Pierre dans plusieurs articles, (parce que, comme un bon enseignant, il redit la même chose de façon différente et de nombreuses fois) tout-à-coup…. aahhhh oui, c’est comme ça un fait…..j’ai ressenti cette propre énergie du fait et que, si j’essaie d’en faire quelque chose, ce sera comme pour le papillon que j’aiderais à sortir de son cocon, cette énergie serait perdue parce que le papillon n’y survivra pas.

Si je publie ce texte, c’est parce que je constate que, après avoir participé à un atelier, on pense avoir compris. Mais ce n’était qu’une mise en bouche et si on ne se donne pas la possibilité de revenir encore et encore, la germination se fait plus difficilement. Un atelier (même si j’en suis au 15e ou plus) est à chaque fois au moins aussi riche que celui d’avant. Même si cela ne sert qu’à éclairer un mot ou une phrase, il y a quelque chose en moi qui jubile à chaque fois. »Ah oui…. c’est ça ! »

Alors, essayons de laisser les faits «être» à chaque occasion de la journée. Et relisons Gaston Saint-Pierre, et partageons entre praticiens, et employons le schéma conceptuel.

Claudine Girardin (juin 2014)
claudine.girardin@bluemail.ch

Cet article a été écrit le : 08 décembre 2022

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